Appel du Pr Constant Houndénou: « C’est le moment pour les communes d’actualiser leur plan de contingence »

Le Pr Constant Houndénou, expert du Système des Nations Unies, chargé portefeuille des changements climatiques, des crises et catastrophes lance un appel aux communes du Bénin pour l’actualisation de leur plan de contingence. Il a lancé cet appel lors de l’actualisation du plan de contingence national la semaine dernière à Porto-Novo. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, il est revenu sur ce qu’est un plan de contingence et le rôle que joue cet outil pendant les crises et catastrophes.

 

Dites-nous Professeur, comment comprendre un plan de contingence ?

Un plan de contingence, c’est un outil de travail qui permet de mesurer les crises et catastrophes. Un plan de contingence c’est aussi un outil de mobilisation de ressources en ce sens qu’il doit être précis, concis et définir les stratégies et en même temps les opérations, et identifier les acteurs qui doivent intervenir en cas de situation de crises en pensant aux opérations pour sauver la vie des populations.

 

Le Bénin dispose de ce plan depuis 2009, quelle a été l’importance de cet outil dans la gestion des inondations que le Bénin a connues les années antérieures ?

Par rapport au plan de contingence qui a été élaboré avec l’appui du Système des Nations Unies, nous avons pu anticiper plusieurs fois et cela nous a permis de faire face aux désastres qui peuvent être d’origine naturel ou anthropique. L’avantage de cet outil est qu’avant 2009, rien n’existait comme document outre que le plan Orsec. Or, les grandes décisions issues des résolutions des Nations Unies et de la communauté internationales prédisposent les pays à mieux se préparer pour faire face aux calamités actuelles et futures. Donc nous avons une grande distinction entre le passé et le présent en ce sens que les acteurs sont quasi bien outillés aujourd’hui, bien qu’il reste encore des choses à faire.

 

Ce plan de contingence national a été actualisé. Après cette étape, qu’est ce qu’on peut attendre de cet outil ?

Ce qu’on peut attendre de ce plan est que les acteurs au niveau national, au niveau communal, départemental, les Ong qui interviennent au niveau humanitaire ou dans l’environnement doivent être prêts et sont encore outillés dans la mesure où le système des Nations Unies et les Ong renforcent davantage les capacités du gouvernement à faire face à cette crise. Par exemple, le Système des Nations Unies a écrit le document cadre pour l’Undaf dans une partie qu’on appelle l’effet Six qui permet de former les communautés et en même temps les institutions à travers non seulement l’anticipation, le système de précaution et la manière de gérer réellement la situation de crise au moment où elle se produit. Cela veut dire que le maire saura ce qu’il faut faire au moment opportun de la crise. Avant cela, il a déjà écrit son plan de contingence communal qui n’est rien d’autre qu’une certaine désintégration du plan de contingence national. A travers ceci, il peut convoquer rapidement le conseil communal et c’est lui qui sera l’acteur principal de la gestion de la crise en distribuant les tâches, en situant les responsabilités, en travaillant la communication en matière de crise, et en aidant les populations à la prévention pour qu’on ai zéro mort.

C’est pour dire quoi ? Que le plan de contingence demeure toujours un outil de mobilisation de ressources parce qu’une fois qu’il est précis et concis, il pose le diagnostic, il permet au bailleur de pouvoir intervenir et d’avoir un résultat à travers l’effet numéro six du plan cadre d’assistance au développement qui a été signé entre le Bénin et les Nations Unies.

C’est que le plan de contingence national est un outil et même temps un bréviaire qui permet à tout acteur de voir là où il va, et comment y aller a savoir ce qu’il faut faire en situation de crise pendant les 24 heures, pendant les 48 heures, pendant les 72 heures. Ce qui permet d’aller aux opérations.

Une fois que ceci est fait, le document très bien élaboré, la phase pratique est la simulation qui consiste à faire les exercices et évaluer la capacité des acteurs au cas où la crise se produirait. A travers la simulation, on peut donc se corriger et renforcer davantage les capacités pour faire face à la crise au moment où elle se présenterait.

 

Le plan de contingence est utilisé depuis 2009, vous avez des expériences parlant de la mise en œuvre du plan. Quel constat avez-vous fait s’agissant de l’utilisation du plan de contingence au niveau des collectivités à la base ?

Au niveau des collectivités à la base, je peux dire que des choses se font. Quand je prends par exemple la commune d’Athièmé. Cette commune met à jour son plan de contingence chaque année. Et depuis un bon moment, quand il y a inondations il n’y a plus de mort à Athiémé. Ça veut dire que la commune d’Athiémé à travers son maire et le conseil municipal, se sont appropriés correctement le contenu du plan de contingence et les appliquent au fur et à mesure. L’effet du plan de contingence, on ne peut le sentir, quand il y a crise et quand il y a zéro mort. Les alertes sont donnés au plus tôt que possible.

Nous avons également d’autres projets qu’on appelle le système d’alerte précoce, d’autres de gestion des inondations. Tout ceci combiné permet de réduire les effets des inondations sur les infrastructures et surtout sur la ressource humaine qu’est l’homme. Ce qui fait que depuis un bon moment, dans la vallée du Mono comme j’ai préconisé comme exemple, il n’y a plus de mort quand il y a inondations. Je ne veux pas dire que tout est beau. Il reste encore à améliorer la qualité. Il faut définir le site d’accueil, le viabiliser. Il faut même en faire une culture. On n’est pas encore à ce niveau. Mais on a quelques résultats escomptés.

C’est le moment de lancer un appel à certaines communes qu’on a formé. D’autres ne l’ont pas encore écrit. C’est le moment pour qu’ils le fassent pour qu’on les accompagne. Ceux qui jusque-là n’ont pas encore actualisé leur plan de contingence, c’est le moment d’y penser parce que c’est déjà fait au plan national.

Les pluies nous ont déjà prévu et nous sommes déjà en retard. La nature nous a déjà gratifié, on ne sait pas comment elle va se manifester dans les semaines qui viennent. Il faut déjà prendre les précautions. Nous avons les prévisions, mais nous ne sommes pas Dieu ceci reste toujours statistique. Il faut toujours se prémunir du risque. Et la manière de le faire, c’est d’élaborer son plan de contingence, c’est d’élaborer son plan Orsec et d’autres outils de prévention des risque et catastrophes.

Entretien réalisé par Patrice SOGLO

 

 

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