Rencontre internationale sur l’agriculture et la préservation de l’environnement : Pro-Environnement pour la promotion de l’agriculture biologique au Bénin

Permettre aux mouvements actifs de l’Afrique de Ouest de discuter sur les enjeux de l’agriculture écologique et biologique. C’est dans cette dynamique que se tient au Bénin, à l’hôtel du Lac à Cotonou la 3ème conférence Ouest africain sur l’agriculture écologique et biologique. Une quinzaine de pays de l’Afrique de l’Ouest et d’Europe participent aux travaux de cette conférence du 27 au 29 août 2014. A cet événement qu’organise la plateforme de l’agriculture écologique et biologique du Bénin est associé Pro-Environnement qui réunit près de 400 organisations non gouvernementales. C’est l’occasion pour ce réseau des réseaux d’Ong au Bénin de toucher plus d’acteurs pour la promotion de l’agriculture écologique et biologique au Bénin. Ayant pour thème  » institutionnalisation de l’agriculture écologique et biologique en Afrique d’Ouest « , cette conférence un objectifs qui n’est pas des moindres. Il s’agit de contribuer à la définition des mécanismes d’intégration des principes de l’agriculture écologique et biologique dans les politiques et stratégies de développement agricole des pays africains, notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest. Il faut préciser que l’agriculture biologique allie tradition, innovation et science au bénéfice de l’environnement commun et promet des relations justes et une bonne qualité de vie pour tous ceux qui sont impliqués. Pro-Environnement étant déjà dans cette logique au Bénin veut renforcer davantage ses actions pour que soit privilégiée l’agriculture biologique qui exclut l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (Ogm), et des intrants chimiques de synthèse. Parlant des intrants chimiques de synthèse, il s’agit des pesticides, les herbicides et les engrais minéraux.
Par Patrice SOGLO

Biologique plus

Des participants à la conférence se prononcent sur l’agriculture écologique et biologique

Pierre Bédiyé, de Pro-environnement du Bénin, l’un des organisateurs de la conférence
Cette conférence est très importante dans la mesure nous espérons que l’une de ses résolutions est d’aboutir à l’institutionnalisation de l’agro écologie dans la sous-région. Tout le monde est convaincu aujourd’hui que l’agriculture de demain, l’agriculture qui protège l’environnement et l’agriculteur c’est celle qui est faite avec le matériel que nous avons dans notre environnement, avec des fertilisants organiques, des semences organiques. C’est cela l’agriculture de demain. C’est pour cela que toutes les personnes qui sont dans le domaine et qui recherchent la promotion de cette agriculture, se sont retrouvées au Bénin pour institutionnaliser le processus pour qu’il soit complètement inscrit dans les habitudes et dans les institutions.
Pro-Environnement qui regroupe les réseaux d’Ong au Bénin a prioritairement choisi de promouvoir ce type d’agriculture. C’est pour cette raison que nous sommes associés à l’évènement. Nous avons invité des agriculteurs qui ont des choses à montrer pour que l’on voit de quoi on parle.
Pro-Environnement c’est à peu près 400 organisations non gouvernementales. C’est de faire en sorte que toutes ses Ong soient touchées dans la pratique de l’agriculture écologique.

 

Simplice Davo Vodouhè, Président de la plateforme qui promeut l’agriculture écologique et biologique au Bénin
La plateforme est née pour coordonner les activités initiées par divers acteurs impliqués dans le secteur agro écologique. Cette plateforme facilite aussi les échanges entre les différents acteurs. C’est dans ce cadre là que la présente conférence est organisée et réunit une quinzaine de pays africains.
En organisant cette troisième conférence, notre objectif est de permettre aux différentes structures de mieux connaitre ce qu’est l’agro écologie et l’agriculture biologique. D’échanger autour et de pouvoir les impliquer dans les différentes activités qu’elles mènent. Ce qui veut dire que dans la politique nationale, qu’on puisse intégrer l’agriculture biologique et écologique et mieux tenir compte de l’environnement dans ce que nous faisons jusqu’à présent.
Sur le terrain, il y a différentes initiatives qui permettent de faire la promotion de l’agriculture écologique et biologique. Nous avons l’exemple l’Organisation béninoise pour la promotion de l’agriculture biologique (Obepab) qui mène des activités à Djidja, à Gazoué, à Kandi à Gogounou à Sinendé pour faire le développement de l’agriculture du coton biologique. Il y a aussi Jinukou qui mène des activités dans ce sens.

 

Sidy Ba, chargé du programme à l’Ong Enda Promat (Protection naturelle Sénégal), parle de l’expérience du Sénégal sur l’agriculture écologique
Le Sénégal est venu à cette conférence pour partager avec les pays de l’Afrique de l’Ouest et le monde, les bienfaits de l’agro écologie. On sait qu’à travers cette rencontre, les institutions de nos différents pays vont changer de fusil d’épaule comme l’ont signalé les représentants des Ministres qui se sont relayés à au podium à l’ouverture de l’atelier. L’agriculture conventionnelle a montré ses limites. Utilisation abusive des pesticides ont détruit notre terre et l’écosystème. Cet atelier va permettre aux dirigeants de prendre en compte la dimension agro écologie avec l’utilisation de moins de pesticides et moins d’engrais pour préserver ce que nous avons de plus cher sur nos sols pour les génération futures. Si nous voulons préserver ce que nous avons pour les générations à venir, il faut savoir les gérer, il faut savoir les préserver. Au Sénégal, des recherches se font pour préserver ce qu’on n’a de plus cher avec comme slogan  » produire sans détruire ». Aujourd’hui les pays du Nord avec l’utilisation abusive des engrais, des pesticides, leurs terres sont détruites. Et ils sont obligés de se rabattre sur l’Afrique. Il est important de repartir en arrière pour revisiter ce que nous faisions afin de consolider les acquis. L’ong avec qui je travaille au Sénégal fait la promotion de l’agro écologie depuis 1982. Les chercheurs avec qui nous avons discuté nous ont dit que les limites qu’il y a eu sur l’utilisation des engrais et pesticides sont en train d’orienter les recherches dans la promotion de l’agro écologie.

 

Savadogo Mathieu, de Burkina Faso parle de son pays et exprime ses attentes
C’est vers les années 80 que l’agriculture écologique a fait son entrée au Burkina Faso notamment par les organisations de la société civile. Ce sont des Ong, des associations etc. depuis ce temps, le mouvement évolue et on n’est passé de l’agriculture écologique à l’agriculture biologique avec des systèmes de certification pour le marché extérieur. Actuellement nous sommes en train de nous organiser pour instaurer la norme burkinabais de l’agriculture biologique. Ce qui va aider à développer le marché local pour la mise a disposition des produits sains pour la population.
Je me réjouis de la tenue de cette troisième conférence. Au niveau des participants, tout le monde est d’accord pour aller de l’avant parlant de l’agriculture écologique, de l’agriculture biologique. Cela réjouit nous qui sommes dedans depuis des années. Notre souhait est que nous sortons de cette troisième conférence avec des recommandations, des suggestions pertinentes qui vont permettre à ce secteur d’évoluer et d’occuper la place qui lui revient dans le développement agricole.

 

Mathieu Winato, Coordonnateur national du programme de microfinancement du fonds pour l’environnement mondial au Bénin
Nous finançons beaucoup d’organisations non gouvernementales et des organisations communautaires à la base dans le domaine de l’agriculture biologique. La devise du programme c’est « agir localement et impacter globalement ». Et par rapport à cette devise, il est important pour nous d’accompagner toute initiative qui permet aux ressources naturelles de se renouveler et de ne pas être dégradées. Quand nous prenons par exemple la ressource sol qui peut être utilisé pour longtemps, il faut qu’on mène des pratiques qui évitent de la dégrader. Il est très important de s’investir dans la préservation de cette ressource. Dans ce cadre, nous accompagnons beaucoup d’Ong qui font de coton biologique et d’autres qui font de maraichage biologique.
Cet atelier pour nous est important dans la mesure où nous manquons jusqu’à présent le cadre qui va nous permettre d’institutionnaliser cette pratique agricole au Bénin.

Propos recueillis par Patrice SOGLO

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Menaces sur la survie des éléphants : Le trafic d’Ivoire dépeuple le parc de la Pendjari

L’insécurité plane sur les réserves de faunes, en l’occurrence le Parc National de la Pendjari au nord de la République Bénin. Après le massacre des éléphants et autres animaux dans le parc, c’est la saison du trafic de l’ivoire. Dans l’intervalle de 10 jours, 86 kilogrammes d’ivoire ont été interceptés. Le vendredi 22 août dernier, les forces de l’ordre ont arrêté des trafiquants et braconniers avec 56 kilogrammes d’ivoire, à la lisière du parc à Tanguiéta, une ville située à plus de 700 kilomètres de Cotonou.

IvoireTanguieta
Au regard des saisies répétées d’ivoire, il n’est plus à démontrer que le parc national de la Pendjari se vide de ses éléphants. Le vendredi 22 août 2014, six trafiquants et braconniers ont été arrêtés à Tanguiéta, au nord du Bénin avec 56 kilogrammes d’ivoires, non loin du parc. C’est le résultat d’une opération menée par Interpol Bénin. Des informations qui nous sont parvenues, il s’agit de réseaux de trafiquants très actifs dans les parcs nationaux du nord Bénin. Des organisations non gouvernementales spécialisées dans la mise en œuvre du programme  » appui à l’application des lois sur la faune et la flore au Bénin » (Aalf-Bénin), avec l’aide des forces de sécurité publique, sont en croisade contre la criminalité faunique. En plus de l’ivoire, des armes de guerre et des minutions ont été saisies au cours de l’opération. Il y a quelques semaines, un burkinabè a été interpellé par les forces de sécurités avec plus de 600 produits prohibés venant du Burkina-Faso. Il y avait avec lui, 18 espèces fauniques différentes dont les espèces intégralement protégées. Il s’agit entre autres des crânes de lion, têtes de guépard, d’hyènes et peau d’éléphant. C’est la preuve que plusieurs animaux sauvages sont la cible des réseaux de ces braconniers et trafiquants. Qu’il vous souvienne que le mardi 12 août 2014, trois trafiquants ont été arrêtés avec 30 kilogramme d’ivoire dans un hôtel à Cotonou. S’agissant des six trafiquants et braconniers arrêtés à Tanguiéta, ils devraient être présentés le lundi 25 août 2014 au procureur de la République près du tribunal de Natitingou. Le souhait est que les réserves de faunes soient mieux protégées.

Que fait le Cenagref pour la protection des parcs ?
Si rien n’est fait pour protéger les réserves fauniques du Bénin, les éléphants et d’autres animaux qui vivent dans les parcs surtout le parc national de la Pendjari, ne vont plus exister dans quelques années. En témoigne la saison du trafic d’ivoire ces derniers temps. 8 pointes d’éléphants et trois gros morceaux pour un poids total est de 56 kilogrammes ont été saisis. Si un éléphant n’a que 2 pointes et que au moins 8 sont interceptés, on peut sans risque de se tromper affirmer qu’au moins 4 éléphants sont abattus à cause de leurs défenses. Combien ont été tués pour avoir les 86 kilogrammes ? La réponse à cette question devrait amener le Ministre de l’environnement à prendre les mesures qui s’imposent. Sachant que ces animaux sont intégralement protégés. Que fait le Cenagref (Centre national de gestion des réserves de faune), pour leur protection ? Jusqu’à présent, aucune explication n’est encore servie au peuple béninois pour expliquer les massacres d’éléphants dénoncés en mars 2014. Et pourtant, il y une autorité chargée de veiller sur les réserves fauniques. Même si la direction a changé de main, l’administration est une continuité et celle qui dirige la nouvelle équipe devrait fournir des explications à ce sujet. Là où le bat blesse est que dans le lot des braconniers, se trouve un agent rémunéré pour la survie des animaux sauvage dans le parc. Que se passe-t-il alors ? Sont-ils payés aux frais de l’Etat pour ne pas veiller au respect des conventions que le Bénin a ratifiées ?
Par Patrice SOGLO

Collecte et analyse des données pour la production rizicole: AfricaRice ouille ses groupes d’action

AfricaRice multiplie ses actions pour la sécurité alimentaire en Afrique. Ce faisant, il travaille avec les pôles de développement et les groupes d’action pour l’amélioration de la production rizicole. Etant dans cette logique, un atelier de formation a réuni plusieurs pays d’Afrique dans les locaux de AfricaRice, au sud du Bénin dans la commune d’Abomey-Calavi. Du 21 au 29 août 2014, les participants vont être ouillés sur plusieurs techniques.

AfricaRice participants

S’assurer que les membres des groupes d’action sont en mesure de concevoir leur questionnaire et de collecter des données avec l’application Mlax, d’analyse des données avec stata, de concevoir et de conduire les études d’évaluation d’impact. Pour le faire, selon le Dr Marcos Wopereis, Directeur général adjoint de AfricaRice, les capacités des participants doit être améliorées dans trois domaines. Il s’agit de l’utilisation de l’outil Mlax pour la collecte des données, l’utilisation de Stata pour l’analyse des données et l’évaluation d’impact en utilisant les nouvelles méthodologies de contrefactuel. C’est l’objectif de l’atelier de formation qu’a accueilli AfricaRice du jeudi 21 au vendredi 29 août 2014 sur son site à Togoudo, dans la commune d’Abomey-Calavi, au Sud du Bénin. La rencontre a pour thème « l’automatisation de la collecte et l’analyse des données et l’évaluation d’impact ». A l’issue de l’atelier, les groupes d’action seront mieux outillés et par conséquent, la production rizicole améliorée. Ce qui sans doute va freiner l’importation du riz. Car aux dires de Dr Marcos Wopereis à l’ouverture des travaux, « chaque année, le continent africain importe un tiers du riz disponible sur le marché mondial, ce qui coûte environ 5 milliards de dollars US. C’est une situation très risquée, couteuse qui peut conduire à l’insécurité alimentaire ». Inverser cette tendance revient à relever le défi auquel est confronté le secteur rizicole Africain. Ce défi consiste à l’amélioration du rendement de la production, de la transformation et de la commercialisation pour répondre à la demande croissante de riz qui devient de plus en plus un aliment de base préféré, a souligné le Dr Marcos Wopereis.

Au cours de sa communication dont le thème est « cadre d’évaluation des activités dans les pôles », le Dr Aliou Diagne, Chef programme de politique, systèmes d’innovation et évaluation d’impact à AfricaRice, a fait des rappels importants aux participants. Il leur a montré que leur intervention devrait permettre de créer des opportunités de marché pour les petits agriculteurs du riz produits localement et des produits dérivés. Il a aussi échangé avec les participants venus entre autres de la Mauritanie, du Sénégal, du Gabon, du Togo, du Mali, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et du Bénin, sur la sélection et la production des semences de qualité, et évaluation des pertes post-récolte. D’autres thèmes sont développés avec l’utilisation des méthodes de collecte de données assistées par ordinateurs toujours pour améliorer davantage le rendement issu de la production rizicole.

Par Patrice SOGLO                               

 

Lutte contre la criminalité faunique : La police arrête 3 trafiquants d’ivoire dans un hôtel à Cotonou

Trois trafiquants d’ivoire sont privés de liberté depuis le mardi 12 août 2014. La police béninoise a arrêté ces trois hommes dans un hôtel de la ville de Cotonou en possession de 30 kilogrammes d’ivoire d’éléphant soigneusement dissimulés dans un sac. Avant qu’ils ne soient devant le procureur, ces trafiquants ont été présentés le mercredi 13 août à la presse béninoise, dans les locaux de la police judiciaire à Cotonou. Lors de la présentation, Marcellin Abey, commissaire de police, chargé du bureau central national Interpol Bénin, a confié que le combat contre le terrorisme revient à lutter contre les formes de criminalité à l’origine de son financement.

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L’organisation internationale de police criminelle Interpol s’attèle à cela, et le Bénin est engagé dans ce combat. Selon le commissaire, ces trafiquants sont un réseau de criminels de trafic de produits à base d’ivoire en provenance pour la plupart de certains pays d’Afrique centrale à destination des marchés asiatiques passant par des pays de l’Afrique le de Ouest dont le Bénin. Et la police est au rendez-vous pour intercepter les trafiquants a-t-il rassuré. Il a précisé que la criminalité faunique est aussi importante que les autres tels que le trafic de drogue, de véhicules et d’êtres humains pour lesquels les mêmes luttes sont menées. A Ahichémey Aurélien, commissaire de la police criminelle d’ajouter que les 30 kilogrammes d’ivoire retrouvés avec les trafiquants, coûtent au Bénin 10 millions FCfa. Or le commerce de ce produit est interdit. « L’éléphant est intégralement protégé parce qu’il est menacé d’extinction », rappelle le commandant Abdel Aziz Babamoussa, chef service règlementation contrôle et contentieux de la direction générale des forêts et des ressources naturelles. Il informe que l’ivoire est l’organe de défense de l’éléphant, et on ne peut pas s’en procurer sans abattre l’éléphant. Il lance un appel aux populations pour leur collaboration pour la survie de la faune protégée par la loi. Il faut rappeler que la règlementation en matière de faune au Bénin repose entre autres sur des lois. Il y a la loi n°98-030 du 12 février 1999 portant loi cadre sur l’environnement en République du Bénin. La loi n°2002-16 du 18 octobre 2004 portant régime de la faune en République du Bénin. Le décret n° 2011-394 du 28 mai 2011 fixant les modalités de conservation, de développement et de gestion durable de la faune et de ses habitats en République du Bénin. Les autorités policières demandent à ce que chacun à son niveau, joue sa partition pour le respect de ces dispositions juridiques. Ces trois trafiquants de différentes nationalités (un béninois, un guinéen, et un ghanéen), risquent jusqu’à cinq ans de prison.

Par Patrice SOGLO  

 

Ibila Dibril, parle des causes et conséquences imputables aux changements climatiques : « L’élévation du niveau marin… une grande menace pour les populations urbaines du Littoral notamment Cotonou, Grand-Popo »

Beaucoup de faits sont imputables aux changements climatiques. Pour mieux situer nos lecteurs, nous avons rencontré Ibila Djibril qui apporte des clarifications sur les causes et conséquences de ce phénomène. Il a fait le point des efforts du Bénin pour lutter contre les changements climatiques. Dans ces propos, il a évoqué les menaces que constitue l’élévation du niveau marin pour les populations urbaines du Littoral. Ibila Djibril est Conseiller Technique à l’Environnement du Ministre de l’Environnement Chargé de la Gestion des Changements Climatiques, du Reboisement et de la Protection des Ressources Naturelles et Forestières et Point Focal National du Bénin de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). A ce titre, il représente le Bénin lors des négociations internationales portant sur les changements climatiques ensemble avec d’autres cadres béninois.

Ibila

Plusieurs situations sont assimilées aux changements climatiques au Bénin. Est-ce que vous pouvez apporter des clarifications en nous parlant de celles qu’on peut réellement attribuer aux changements climatiques ?

Oui effectivement, plusieurs situations sont assimilées ou attribuées aux changements climatiques. Mais elles ne sont toujours pas imputables à ce phénomène. L’intérêt de votre question est de pouvoir faire, la part des choses entre vulnérabilité climatique et changements climatiques.

De tout temps, le climat a varié naturellement indépendamment de l’action de l’homme. La variabilité est donc une caractéristique inhérente au climat qui se manifeste par des changements et déviations dans le temps. Le degré de variabilité climatique peut être décrit par les différences entre les valeurs moyennes à long terme des paramètres climatiques (pluie, température, humidité, durée des saisons) et des valeurs observées prises à différentes échelles temporelles et spatiales.

Quant aux changements climatiques, au sens de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques que le Bénin a ratifiée le 30 juin 1994, ils sont définis comme « des changements de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de l’atmosphère mondiale et qui viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat au cours des périodes comparables ».

Il se dégage alors fondamentalement que les changements climatiques, au sens de cet instrument international ratifié par plus de 190 pays de par le monde, sont de cause humaine et ils viennent s’ajouter à la variabilité naturelle du climat. Il est important de retenir cette distinction essentielle.

En outre, il faut souligner que ce sont les fortes concentrations des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, au fil des années, qui sont la cause fondamentale des changements climatiques. Au nombre de ces gaz, il y a le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l’oxyde nitreux (N2O), l’hydrofluorocarbone (HFC), les hydrocarbures perfluorés (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6). Ces gaz ont la propriété de capter les rayonnents solaires et de le réémettre sous forme d’infra-rouge. Ce qui permet de garder la température moyenne de la terre autour de 15°C (sans les GES, la température serait autour de -18°C où aucune vie humaine ne serait possible pas sur la terre). Ensuite, de par les activités humaines (notamment l’industrialisation à travers l’utilisation intense des énergies fossiles, ces GES deviennent de plus en plus importants dans l’atmosphère et induisent un réchauffement additionnel qui est à l’origine des changements climatiques.

Ainsi, les situations qui sont réellement assimilées aux changements climatiques telles que la sécheresse, les pluies tardives et violentes, les inondations, les vents violents et les chaleurs excessives sont en fait des risques climatiques majeurs qui contribuent à la vulnérabilité des secteurs de développement tels que l’agriculture (production végétale, élevage, pêche), les ressources en eaux, la santé, l’énergie, le transport et le littoral. Ces différents risques climatiques se manifestent à travers par exemples une mauvaise distribution des pluies ou des précipitations au cours des saisons pluvieuses, le démarrage tardif et l’arrêt et précoce des pluies par endroit, l’augmentation des températures, l’augmentation des fréquences des inondations.

Pour terminer, il est important de retenir que la survenue d’un phénomène météorologique extrême (le cyclone Katrina par exemple aux Etats-Unies) ou d’une fluctuation climatique importante (la canicule de 2003 en France, celle de 2007 en Europe de l’est) ou les graves inondations de septembre-octobre 2010 au Bénin ne peut pas être directement associée aux changements climatiques et/ou au réchauffement global. Pour qu’elle en soit ainsi, il faut la répétition de ces phénomènes sur plusieurs décennies. Car on parle d’un «changement climatique» pour des échelles de temps supérieures à plusieurs décennies.

 

Des faits que vous venez d’évoquer, lesquelles constituent une menace pour les populations rurales et urbaines ?

En réalité, tous les faits que je viens d’évoquer sont des menaces pour les populations rurales et urbaines mais à des degrés divers, en fonction des secteurs touchés. L’agriculture étant un secteur prioritaire au Bénin et occupant plus de 80 % de la population constitue le secteur le plus vulnérable et par conséquent présente assez de risques pour les populations rurales au premier chef et par la suite pour tout le monde. Prenez par exemple la production cotonnière qui est la principale culture d’exportation du Bénin et, par ricochet la principale source de devises pour l’économie béninoise et le premier facteur de croissance économique, dès qu’elle est mauvaise, toute l’économie béninoise en prend un sérieux coup. Son impact est donc plus grand et touche tout le monde. Ce n’est pas pour rien que le Gouvernement met tout en œuvre pour que la production soit bonne. De même, l’élévation du niveau marin qui aura pour conséquences immédiate l’exacerbation de l’érosion côtière et l’intrusion saline présente une grande menace pour l’ensemble des populations urbaines du Littoral notamment Cotonou, Grand-Popo.

Pour soulager les populations, pensez-vous qu’il faut résoudre isolement ces problèmes où il faut opter pour des solutions d’ensemble ?

Pour soulager les populations, il ne serait pas opportun de résoudre isolément ces problèmes mais opter pour des solutions d’ensemble. En fait, pour tout problème, une approche concertée et intégrée est plus efficace qu’une approche ponctuelle et isolée. Cela est plus vrai pour les problèmes d’environnement et de changements climatiques.

En quoi constituent ces actions pour apporter des solutions d’ensemble ?

C’est pour apporter des solutions d’ensemble que la Communauté internationale à adopter la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques que le Bénin a signé et ratifié respectivement le 13 juin 1992 et le 30 juin 1994. C’est ainsi que tous les Etats Partie à cette convention se retrouvent chaque année en Conférence des Parties pour faire le point de la mise en œuvre de cette convention et définir de nouvelles orientations. A l’issue de ces assises, des décisions sont souvent prises notamment en faveur des pays les plus vulnérables comme les Pays les Moins Avancés dont le Bénin fait partie et les petits Etats insulaires en développement.

C’est ainsi que furent mis en place, pour ne citer que ceux-là, le Fonds des Pays Moins Avancés en 2001 et le Fonds d’Adaptation en 2007 qui financent respectivement les projets concrets d’adaptation aux changements en faveur de tous les pays moins avancés et des pays en développement.

 

Quelles sont les exigences des partenaires techniques et financiers pour accompagner un pays dans la recherche des solutions aux problèmes liées aux changements climatiques ?

En termes d’exigence, il importe qu’un pays signe et ratifie la Convention et les autres documents connexes dont notamment le Protocole de Kyoto pour bénéficier des appuis des Partenaires Techniques et Financiers. En outre, l’élaboration et l’adoption documents de politiques et de stratégies adéquats dans le secteur, de même que l’élaboration de programmes et de projets bancables constituent des éléments importants qui peuvent amener les PTF à intervenir davantage dans un pays.

Dites-nous si le Bénin bénéficie souvent de ces avantages. Et donner si possible quelques exemples ?  

Oui le Bénin bénéficie bel et bien de ces avantages. Par exemples, le Bénin prend part régulièrement aux différentes conférences et autres réunions au cours desquelles sont débattues les questions de changements climatiques au cours desquelles sont négociés les financements de projet. De façon concrète, les actions dont le Bénin a bénéficié sont, entre autres :

  • L’élaboration des communications nationale avec l’appui des PTF notamment le Fonds pour l’Environnement Mondial et le PNUD. Ces documents présentent les inventaires de Gaz à Effet de Serre, l’état de vulnérabilité, les impacts et les mesures d’adaptation appropriées et d’autres informations utiles pour le pays. Le Bénin a déjà élaboré sa première communication en 2001 et la deuxième en 2011. Le montant de ces projets est d’environ 400 000 $ américain chacun soit environ 200 millions de nos francs ;
  • L’élaboration du Programme d’Action National aux fins de l’Adaptation aux changements climatiques (PANA) avec l’appui du FEM et du PNUD et qui ont permis d’identifier les mesures prioritaires et urgentes en matières d’adaptation aux changements climatiques. La première mesure dénommé PANA1 relative à l’agriculture et à la sécurité alimentaire est en cours de mise en œuvre dont le montant est de 3 910 000 $ US fourni par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) à hauteur de 3 410 000 $ US et le PNUD, 500 000 $ US soit au total 1 955 000 000 de francs CFA ;
  • Le projet de mise en place d’un système d’alerte précoce pour un montant de 2 milliards de F CFA apportés par le FEM pour anticiper les inondations au Bénin. Ce projet qui vient d’être approuvé sera mis en œuvre par la Direction Générale des Eaux en collaboration avec tous les acteurs concernés ;
  • L’appui de l’UEMOA pour la mise en œuvre des PANA à travers l’aménagement de 1000 ha de bas-fonds à des fins agro-sylvo-pastorales pour un montant d’environ de 4 milliards de F CFA ;
  • L’accréditation du Fonds National pour l’Environnement en tant qu’entité nationale de mise en œuvre du Fonds pour l’Adaptation. Ce qui a value une allocation de près de 10 000 000 de dollars us soit environ 5 milliards de F CFA pour la mise en œuvre d’un projet concret d’adaptation sur les berges lagunaires de Cotonou ;
  • L’appui de la Coopération Suisse et de l’UNITAR (Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche) dans la mise en œuvre d’un projet pilote de renforcement des ressources humaines, de l’apprentissage et du développement des compétences pour faire face aux changements climatiques d’un montant de 180 000 $ US soit environ 90 millions de F CFA. Ce projet s’inscrit dans la mise en œuvre de l’article 6 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Ce projet a permis l’élaboration d’un document de stratégie nationale en matière de renforcement des ressources humaines dans le domaine des changements climatiques qui est en attente d’adoption en conseil des Ministre ;
  • L’appui en cours du Fonds d’Equipement des Nations Unies (UNCDF) pour le financement local de l’adaptation aux changements climatiques dénommé LoCAL (Local Climate Adaptive Living Facility) ;

Cette liste n’est pas exhaustive. Les financements climatiques alloués aux ONGs béninoises telles que OFEDI, IDID, CREDEL, etc. sont à mettre dans ce registre de financements accordés par des PTF du Bénin.

 

Pouvez-vous nous expliquez la part du reboisement dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Le reboisement est une double mesure d’atténuation et d’adaptation des changements climatiques. A travers le phénomène de photosynthèse, les arbres contribuent à la séquestration du carbone et par conséquent à la réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre. Ce sont donc en ce sens des mesures d’atténuation. Mais d’un autre côté, le reboisement permet de lutter contre la dégradation de la qualité des sols. A cet égard, il constitue une mesure d’adaptation.

 

Que gagnerait le Bénin à travers la réussite du projet 10 millions d’âmes, 10 millions d’arbres ?

Le Bénin gagnerait beaucoup à travers le projet 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes. D’abord, le Bénin disposera d’un couvert forestier très important avec tous les avantages qui y sont liés et réduira l’avancée de désertification sur son territoire. A travers le Mécanisme pour un Développement propre (MDP) et les Mesures d’Atténuation Appropriées, ce projet peut permettre de capter d’autres ressources financières. Il existe aussi un autre mécanisme mis en place au niveau de la CCNUCC qui peut également attirer de ressources à travers ce projet. Il s’agit du REDD+ (Réduction des Emissions résultant du Reboisement et de la Dégradation des forêts).

Un autre avantage de ce projet, est d’avoir des poumons verts dans nos principales villes où pratiquement les axes verts sont pratiquement inexistants. Or l’importance de ces axes ne sont plus à démontrer tant pour le microclimat que pour l’amélioration de la qualité de l’air dans ces villes et donc de la réduction des maladies respiratoires.

Ce projet va impulser les activités des pépiniéristes car il faut avoir beaucoup de plants pour atteindre l’objectif de 10 millions d’arbres à planter chaque année. Donc dans un sens, il est une importante source de créations d’emploi et un moyen de lutte contre la pauvreté.

Qu’est ce que ce projet de reboisement au Bénin peut apporter aux pays limitrophes ?

Les pays limitrophes comme le Togo, le Burkina Faso, le Nigéria, le Niger peuvent profiter des avantages de ce projet à travers l’amélioration de son couvert végétal. Ces pays peuvent, à partie des résultats pertinents, profiter de l’exemple du Bénin pour mettre en place un tel projet chez eux avec tous les avantages y relatifs. D’autres avantages indirects sont y attachés car ces pays ont leurs ressortissants au Bénin et qui vont bénéficiés des avantages de ce projets tout comme leurs frères béninois.

 

A l’étape actuelle, quelles sont les autres actions que mène le Bénin pour freiner le réchauffement climatique ?  

En tant que Pays en Développement notamment Pays Moins Avancé, le Bénin n’a pas d’obligation en matière de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre conformément aux dispositions de la CCNUCC et du Protocole de Kyoto. Mais volontairement, il peut mettre en œuvre des mesures d’atténuation avec l’appui technique et financier des partenaires. C’est ainsi qu’il a en cours un certain nombre de projet du MDP à travers notamment la promotion et la diffusion des Foyers Améliorés, des énergies renouvelables tels que l’énergie solaire, l’hydroélectricité.

L’exonération des droits de douane sur l’importation des motos à quatre temps à l’état neuf sont des mesures importantes de lutte contre les changements climatiques. L’impact de cette mesure est notable. On note en effet une réduction de la pollution de l’air imputable aux deux roues. Pour un pays à économie essentiellement fiscale, c’est un véritable sacrifice qu’il faut louer. C’est une mesure qui a coûté au bas mot plus huit milliards de francs CFA.

Votre message à l’endroit des acteurs impliqués à divers niveaux dans la lutte contre les changements climatiques

Je tiens à vous remercier pour l’occasion que vous m’avez donnée de mettre en exergue les efforts du Bénin dans le domaine des changements climatiques et les opportunités que nous offre la mise en œuvre de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Comme vous le comprenez bien ce n’est dans un entretien que tout peut être dit sur la mise en œuvre de cette Convention. Mais avant de conclure, je tiens à ajouter un aspect très important, celui de la formation et de la recherche dans le domaine des changements climatiques. A l’Université d’Abomey-Calavi beaucoup modules de formation sont dispensés aux étudiants et qui pour la rédaction viennent faire leur stage pratique au Ministère de l’environnement. Les thèses de Doctorat et des publications scientifiques des enseignants et chercheurs béninois abondent de plus en plus sur cette thématique. Ce qui est encourageant. Les ateliers et colloques internationaux se tiennent au Bénin sur les changements climatiques. Il en est ainsi de l’atelier national de formation des formateurs sur l’intégration des changements climatiques dans politiques et stratégies de développement, du 3 au 6 septembre 2013 à Cotonou, avec la contribution du CILSS et de l’Union Européenne, du 26ème Colloque de l’Association Internationale de la Climatologie, tenu à Cotonou du 3 au 7 septembre 2013 passé et, un peu plus loin, du Dialogue sous-régional des pays membres de la CEDEAO sur les changements climatiques du 18 au 22 octobre 2008 et dont l’une des recommandations importantes pour le Bénin est de faire de l’Institut de Sciences Physiques et de Mathématiques de Dangbo un centre de référence sous-régional de calcul et de modélisation climatiques.

C’est dire que le Bénin est véritablement engagé à travers son Gouvernement, son Parlement, ses différentes institutions, ses ONGs, ses universitaires, sa presse écrite et audio visuelles, dans le processus de la mise en œuvre de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.

L’érection depuis le 11 août 2013 d’un Ministère de l’Environnement Chargé de la Gestion des Changements Climatiques, du Reboisement et de la Protection des Ressources Naturelles et Forestières est un signal fort et la traduction de la volonté politique du Chef de l’Etat et Chef de Gouvernement de mettre les changements climatiques au cœur du processus du développement de notre cher pays, le Bénin.

Interview réalisée par Patrice SOGLO/Etudiant à l’Esae (Production de presse dans le cadre de stage académique)